Quand on veut, on peut
Soyons objectifs…
« Quand on veut, on peut » : une phrase séduisante… mais fausse
La phrase « quand on veut, on peut » est souvent présentée comme motivante, positive, encourageante.
Elle est répétée dans le développement personnel, l’éducation, le coaching, le monde du travail.
Pourtant, cette phrase pose un problème majeur : elle n’est pas objective.
Dire « quand on veut, on peut », c’est supposer que la volonté suffit à dépasser toutes les limites. Or, la réalité humaine est bien plus complexe. Nous ne partons pas tous avec les mêmes capacités, le même corps, le même cerveau, le même fonctionnement neurologique.
Refuser cette réalité, ce n’est pas être optimiste. C’est vivre dans l’imaginaire.
La volonté ne crée pas des capacités
La volonté est un moteur, pas un créateur de capacités.
Elle permet :
- d’exploiter ce que l’on possède déjà,
- d’améliorer certaines compétences,
- de progresser dans un cadre donné.
Mais elle ne crée pas :
- une coordination inexistante,
- une perception sensorielle fiable,
- une capacité neurologique absente,
- un traitement cognitif identique chez tous.
Confondre volonté et possibilité réelle mène à des injonctions injustes et culpabilisantes.
Exemple concret : les accents et les langues
Dans mon cas, en tant que personne autiste, j’ai développé très tôt une capacité d’imitation très fine.
Je peux reproduire des accents de manière quasi instinctive, parfois sans même en comprendre consciemment les règles.
Ce n’est pas une question de motivation.
C’est une aptitude neurologique spécifique.
À l’inverse, certaines personnes, même extrêmement motivées, même après des années de travail, n’arriveront jamais à prononcer un accent de manière fluide. Et ce n’est ni un échec, ni un manque d’effort.
La volonté ne compense pas une absence de prédisposition.
Autre exemple : se lisser les cheveux et la proprioception
Un exemple encore plus parlant concerne le corps.
J’ai voulu me lisser les cheveux.
Résultat : je me suis brûlée. Vraiment brûlée.
Pourquoi ?
À cause de troubles de la proprioception, fréquents chez les personnes autistes.
La proprioception est la capacité à savoir où se trouve son corps dans l’espace sans le regarder.
Chez moi, elle est peu fiable.
Concrètement :
- je ne vois pas l’arrière de ma tête,
- je ne perçois pas précisément la position de mes mains,
- je n’évalue pas correctement la distance entre la plaque et ma peau.
Je n’ai pas les yeux dans le dos 😂
Et mon cerveau ne compense pas automatiquement.
Ce n’est pas une question d’entraînement.
Ce n’est pas un manque de concentration.
C’est une limite neurologique réelle.
Dire dans ce cas « quand on veut, on peut » est non seulement faux, mais dangereux.
Le problème des phrases toutes faites
Les phrases comme « quand on veut, on peut » ont un effet pervers :
- elles minimisent les difficultés réelles,
- elles invisibilisent les handicaps,
- elles font porter la responsabilité de l’échec sur l’individu.
Elles sous-entendent que si une personne n’y arrive pas, c’est qu’elle ne veut pas assez.
Or, parfois, ce n’est pas possible, même avec toute la volonté du monde.
Reconnaître cela n’est ni pessimiste ni défaitiste.
C’est être réaliste.
Réalisme ≠ pessimisme
Être réaliste, c’est :
- connaître ses capacités,
- reconnaître ses limites,
- chercher des adaptations plutôt que des injonctions.
Le réalisme permet d’éviter :
- l’épuisement,
- la culpabilité,
- la suradaptation permanente.
Il ouvre la voie à une approche plus juste : « Que puis-je faire avec mon fonctionnement réel ? »
plutôt que « Pourquoi je n’y arrive pas comme les autres ? »
Conclusion
« Quand on veut, on peut » est une phrase confortable pour ceux qui n’ont jamais rencontré certaines limites.
Mais elle devient violente lorsqu’elle est appliquée à des réalités neurologiques, corporelles ou cognitives différentes.
La volonté est précieuse.
Mais elle n’est pas toute-puissante.
Et reconnaître cela, c’est faire preuve de lucidité, pas de négativité.
Pour aller plus loin, je vous conseille de lire l’article sur l’adaptation après un diagnostic de TSA.
FAQ – Questions fréquentes
« La volonté ne suffit pas ? »
Elle compte. Mais elle ne suffit pas à elle seule. Elle agit dans les limites des capacités existantes.
« Dire “quand on veut, on peut” n’aide-t-il pas à motiver ? »
Parfois, oui. Mais seulement quand les capacités nécessaires sont déjà présentes. Sinon, cela crée culpabilité et épuisement.
« Les limites liées à l’autisme sont-elles définitives ? »
Certaines peuvent évoluer, d’autres non. Et ce n’est pas un problème. L’enjeu n’est pas de forcer, mais d’adapter.
« Renoncer, est-ce échouer ? »
Non. Renoncer à ce qui n’est pas accessible est parfois la décision la plus saine et la plus intelligente.
« Pourquoi cette phrase est-elle si répandue ? »
Parce qu’elle rassure, simplifie la réalité et évite de penser la complexité humaine.