Pas de demi-mesure

Zéro demi-mesure… Mode autiste activé 😂

Toujours à fond : pas de demi-mesure dans l’autisme

pas de demi-mesureAutistes et neurotypiques ne vivent pas le monde de la même façon. Là où certains improvisent, nuancent, adaptent inconsciemment, nous, autistes, sommes souvent obligés de tout conscientiser. Chaque geste, chaque consigne, chaque intention passe par une analyse mentale.

Résultat : quand on nous demande quelque chose, on ne le fait pas “à peu près”. On le fait à fond. En règle générale, il n’y a pas de demi-mesure dans l’autisme !

Et c’est précisément ce fonctionnement qui surprend, amuse… ou déroute.

Quand une consigne est une consigne

Dans un monde neurotypique, beaucoup de consignes sont floues, implicites, symboliques.
Quand quelqu’un dit “fais la tronche”, il ne s’attend pas forcément à voir une vraie tête d’enterrement. Quand on dit “c’est grave”, on parle souvent du fond, pas forcément de l’expression du visage.

Sauf que pour un cerveau autistique, les mots ont un sens précis.
Et surtout : on ne devine pas l’intention cachée derrière la consigne.

Alors on applique à la lettre.

Exemple concret : la comédie musicale

Lors d’une répétition, on me dit que la scène est grave, lourde, fatigante émotionnellement. J’analyse.
Grave + fatigue = visage fermé, expression sérieuse, posture lourde.
Donc je joue avec… une vraie tête d’enterrement.

Résultat ?
Le professeur s’inquiète et me demande ce qui ne va pas.

Ma réponse est simple, logique, imparable :
“Tu m’as dit que l’heure était grave et fatigante. J’ai donc choisi cette expression.”

Silence. Puis rire.

Ce n’est pas de la provocation.
Ce n’est pas de l’exagération.
C’est l’application stricte de la consigne.

Même chose la veille à la chorale

Autre situation, autre contexte.
On nous demande “de faire la tronche” pour produire un son particulier, du style lyrique. Beaucoup comprennent ça comme une intention vague, un état d’esprit.

Moi, je fais exactement ce qu’on me demande.
Je fais la tronche. Vraiment.

Le chef de chœur était mort de rire en voyant ma tête. Pas par méchanceté ou malveillance, mais par incompréhension et questionnement.
Je lui réponds simplement : “Je fais ce que tu as demandé.”

Pourquoi les autistes doivent tout conscientiser

Chez beaucoup d’autistes, les automatismes sociaux ne sont pas automatiques.
Ce que les neurotypiques font sans y penser (ajuster une expression, moduler une réaction, interpréter une consigne floue) demande chez nous un effort cognitif réel.

Pour agir, nous devons souvent :

  • analyser la situation
  • comprendre la consigne
  • traduire cette consigne en action concrète
  • vérifier que notre comportement correspond à ce qui est attendu

Quand une consigne est donnée, elle devient un cadre de référence.
Sortir de ce cadre sans indication claire, c’est risquer l’erreur.

Alors on suit.

Pas de nuance… ou trop de logique ?

On reproche parfois aux autistes un manque de nuance.
En réalité, il s’agit souvent d’un excès de cohérence interne.

Si tu me dis A, je fais A.
Si tu voulais B, il fallait dire B.
Ou au moins donner des indices clairs.

Le problème, ce n’est pas que nous ne comprenons pas la nuance.
C’est que la nuance est souvent non verbalisée, implicite, culturelle, intuitive.

Or, l’intuition sociale n’est pas notre point fort.
La logique, si.

Pourquoi cela fait de nous de très bons acteurs

Paradoxalement, ce fonctionnement fait des autistes… d’excellents acteurs.

Pourquoi ?

Parce que jouer un rôle, pour nous, ce n’est pas faire semblant.
C’est analyser un personnage, comprendre ses intentions, décoder ses émotions, puis les incarner consciemment.

Là où d’autres ressentent et improvisent, nous :

  • observons
  • décomposons
  • reproduisons avec précision

Quand on nous dit :

  • “Ce personnage est triste”
  • “Cette scène est lourde”
  • “Ce moment est tendu”

Nous traduisons ces mots en gestes, en postures, en expressions.
Sans demi-mesure.

Résultat : c’est souvent très juste.
Parfois même trop.

Le malentendu permanent

Ce fonctionnement crée un décalage constant avec les neurotypiques.

Eux pensent : “C’est une image, une intention, une façon de parler.”

Nous entendons : “C’est une consigne.”

Eux adaptent inconsciemment.
Nous exécutons consciemment.

Et quand on nous regarde bizarrement, on ne comprend pas toujours pourquoi.
Après tout, on a fait exactement ce qui était demandé.

Ce que les neurotypiques peuvent retenir

Si vous communiquez avec une personne autiste :

  • Dites clairement ce que vous attendez
  • Évitez les consignes floues ou métaphoriques si le contexte est important
  • Ne soyez pas surpris si la demande est appliquée… littéralement

Ce n’est ni de la provocation, ni de la rigidité.
C’est une stratégie de sécurité cognitive.

Conclusion

Quand on est autiste, on ne fait pas les choses à moitié.
Pas par excès, mais par nécessité.

Parce que chaque action demande réflexion.
Parce que chaque consigne devient une règle.
Parce que l’implicite est un terrain glissant.

Alors oui, quand on nous dit de faire la tronche, on la fait.
Quand on nous dit que c’est grave, on le montre.
Et quand on nous demande d’interpréter, on interprète… à fond.

Pas de demi-mesure.
Mais beaucoup de sincérité.

Croyez-moi ! Parfois, on en prend des fous-rires, surtout maintenant que j’en suis consciente…

En savoir plus sur les différences constatées entre autistes et neurotypiques

FAQ – Questions fréquentes sur le premier degré et l’autisme

Pourquoi les autistes prennent-ils souvent les consignes au pied de la lettre ?

Parce que les consignes verbales servent de repères clairs. L’implicite et les sous-entendus sont difficiles à décoder, donc le cerveau autistique s’appuie sur le sens littéral pour éviter les erreurs.

Est-ce un manque de second degré ?

Non. Le second degré existe, mais il demande un contexte explicite. Sans indices clairs, le premier degré reste l’option la plus sûre.

Pourquoi les autistes semblent-ils “en faire trop” ?

Parce qu’ils appliquent la consigne de manière complète et cohérente. Ce qui peut sembler excessif est souvent une exécution fidèle de ce qui a été demandé.

Ce fonctionnement est-il fatigant ?

Oui. Tout conscientiser demande beaucoup d’énergie mentale. C’est pourquoi les environnements flous ou contradictoires sont particulièrement épuisants.

Est-ce un avantage dans certains domaines ?

Oui. Ce fonctionnement est un atout dans le théâtre, la musique, la chorale, le jeu d’acteur, mais aussi dans tous les domaines nécessitant précision, rigueur et engagement total.

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