Sarah Bernhardt

Après avoir discuté de Sarah Bernhardt ce matin, j’ai la forte intuition qu’elle était autiste.

Diagnostiquer rétrospectivement une condition comme l’autisme chez une figure historique est un exercice spéculatif, mais il peut être éclairant si l’on examine les traits de sa vie, de sa personnalité et de son comportement à travers le prisme des critères modernes de l’autisme.

En tant que personne autiste, je suis sensible à certains indices qui pourraient passer inaperçus pour d’autres. Je vais analyser la vie de Sarah Bernhardt, ses caractéristiques personnelles, et les critères de l’autisme pour explorer cette hypothèse, tout en adoptant une perspective nuancée et critique.

Qui était Sarah Bernhardt ?

sarahbernhardtSarah Bernhardt (1844-1923) est l’une des actrices les plus célèbres de l’histoire, surnommée « la Divine Sarah » ou « la Voix d’Or« . Voici un résumé de sa vie et de ses réalisations, basé sur des sources historiques :

  • Enfance difficile : Née à Paris d’une mère courtisane d’origine juive néerlandaise, Sarah a grandi dans des conditions instables. Elle a été élevée en partie par des nourrices et dans des pensionnats, et a souffert d’un manque d’attention maternelle. Elle était connue pour être une enfant sensible, colérique, et sujette à des crises émotionnelles.
  • Carrière théâtrale : Elle entre au Conservatoire de Paris à 15 ans, puis à la Comédie-Française, où elle se fait rapidement remarquer. Elle devient une star internationale, jouant des rôles tragiques dans des pièces comme Phèdre de Racine ou La Dame aux Camélias de Dumas fils. Elle est célèbre pour sa voix unique, son expressivité dramatique, et sa capacité à captiver les foules.
  • Personnalité excentrique : Sarah Bernhardt était connue pour son comportement hors norme. Elle dormait dans un cercueil pour « se préparer à la mort », collectionnait des animaux exotiques (un alligator, un lionceau, des serpents), et vivait une vie de bohème. Elle était aussi une pionnière : elle a dirigé son propre théâtre (le Théâtre Sarah-Bernhardt, aujourd’hui Théâtre de la Ville à Paris), a voyagé à travers le monde, et a été l’une des premières actrices à jouer des rôles masculins (comme Hamlet).
  • Vie personnelle intense : Elle a eu de nombreuses relations amoureuses (avec des hommes et des femmes, selon certaines sources), un fils illégitime (Maurice Bernhardt), et a maintenu une énergie débordante malgré des problèmes de santé, notamment une amputation de la jambe en 1915 à cause d’une blessure mal soignée. Elle a continué à jouer jusqu’à sa mort à 78 ans.
  • Artiste polyvalente : En plus du théâtre, elle était sculptrice, peintre, et écrivaine. Elle a publié des mémoires (Ma Double Vie, 1907) et a été une pionnière du cinéma muet, jouant dans des films comme La Reine Élisabeth (1912).

Critères de l’autisme et application à Sarah Bernhardt

L’autisme est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des différences dans la communication sociale, les comportements répétitifs ou restreints, et une sensibilité sensorielle accrue, selon le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Pour explorer si Sarah Bernhardt pourrait avoir été autiste, examinons ces critères en les appliquant à sa vie.

Difficultés dans la communication et les interactions sociales

Les personnes autistes peuvent avoir des difficultés à comprendre les normes sociales, à maintenir des relations conventionnelles, ou à interpréter les émotions des autres. Elles peuvent aussi avoir des interactions sociales perçues comme « inhabituelles ».

Indices chez Sarah Bernhardt :

  • Excentricité sociale : Sarah était connue pour son comportement non conventionnel, qui défiait les normes sociales de l’époque. Dormir dans un cercueil, vivre entourée d’animaux exotiques, et s’habiller de manière extravagante (elle portait souvent des tenues masculines ou des costumes excentriques) montrent une indifférence aux attentes sociales. Cela pourrait être interprété comme une difficulté à se conformer aux normes, un trait fréquent chez les autistes.
  • Relations tumultueuses : Bien qu’elle ait eu de nombreuses relations amoureuses, celles-ci étaient souvent passionnées et instables. Elle avait aussi des relations conflictuelles avec certaines institutions, comme la Comédie-Française, qu’elle a quittée après des désaccords. Les autistes peuvent avoir des relations intenses mais parfois compliquées, car ils ont du mal à naviguer dans les attentes sociales implicites.
  • Charisme et « masquage » : En tant qu’actrice, Sarah excellait dans l’art de jouer des rôles, ce qui pourrait refléter une forme de « masquage » (camouflage social), une stratégie courante chez les autistes, surtout les femmes, pour s’adapter aux attentes sociales. Elle était capable de captiver des foules, mais cela ne signifie pas qu’elle se sentait à l’aise dans les interactions quotidiennes. Certains autistes développent des compétences sociales impressionnantes dans des contextes spécifiques (comme la scène), tout en luttant dans des situations plus informelles.

Comportements ou intérêts restreints et répétitifs

Les autistes ont souvent des intérêts spécifiques intenses (parfois appelés « intérêts restreints ») et peuvent adopter des routines ou des comportements répétitifs.

Indices chez Sarah Bernhardt :

  • sarah bernhardtPassion pour le théâtre : Sarah avait une obsession pour le théâtre et la performance, au point de continuer à jouer même après l’amputation de sa jambe. Elle passait des heures à répéter ses rôles, à perfectionner sa diction et ses gestes, ce qui pourrait refléter un intérêt restreint et une focalisation intense, typiques de l’autisme.
  • Comportements inhabituels : Dormir dans un cercueil peut être vu comme un comportement répétitif ou ritualisé, peut-être une manière de gérer l’anxiété ou de se préparer émotionnellement (les autistes utilisent parfois des routines pour se sentir en sécurité). Sa collection d’animaux exotiques pourrait aussi être un intérêt spécifique, un autre trait autistique.
  • Polyvalence artistique : Sarah était sculptrice, peintre, et écrivaine, en plus d’être actrice. Cette hyperfocalisation sur l’art sous toutes ses formes pourrait refléter une tendance autistique à s’immerger profondément dans des domaines spécifiques.

Sensibilité sensorielle et régulation émotionnelle

Les autistes peuvent être hypersensibles ou hyposensibles à certains stimuli (bruit, lumière, textures) et avoir des réactions émotionnelles intenses.

Indices chez Sarah Bernhardt :

Émotivité extrême : Enfant, Sarah était décrite comme colérique et sujette à des crises émotionnelles. Par exemple, dans ses mémoires (Ma Double Vie), elle raconte avoir fait des « crises de nerfs » lorsqu’elle se sentait incomprise ou rejetée. Les autistes peuvent avoir des difficultés à réguler leurs émotions, ce qui peut se manifester par des réactions intenses.

Sensibilité physique : Sarah était connue pour sa fragilité physique (elle était souvent malade dans son enfance) et pour son rapport particulier à son corps. Elle a continué à jouer malgré des douleurs chroniques et une amputation, ce qui pourrait indiquer une tolérance inhabituelle à la douleur ou une hyperfocalisation sur ses objectifs, des traits parfois observés chez les autistes.

Amour des textures et des objets : Sa fascination pour les animaux exotiques, les costumes somptueux, et les objets inhabituels (comme son cercueil) pourrait refléter une sensibilité sensorielle. Les autistes trouvent souvent du réconfort dans des textures ou des environnements spécifiques.

Autres traits associés à l’autisme

Hyperempathie ou hypoempathie : Contrairement au stéréotype selon lequel les autistes manquent d’empathie, beaucoup ressentent une empathie intense, mais ont du mal à l’exprimer de manière conventionnelle. Sarah Bernhardt était capable de transmettre des émotions profondes sur scène, captivant des foules entières. Cela pourrait refléter une hyperempathie émotionnelle, un trait fréquent chez les autistes, surtout les femmes.

Résilience et détermination : Sarah a surmonté d’innombrables obstacles (enfance difficile, antisémitisme, problèmes de santé, critiques) pour devenir une icône mondiale. Les autistes ont souvent une résilience exceptionnelle face à l’adversité, car ils peuvent se concentrer intensément sur leurs objectifs, même au détriment de leur bien-être.

Identité de genre et non-conformité : Sarah jouait des rôles masculins (comme Hamlet) et vivait une vie qui défiait les normes de genre de l’époque. Certaines recherches suggèrent une corrélation entre l’autisme et une plus grande fluidité de genre ou non-conformité (par exemple, une étude de 2018 dans Autism Research a montré que les autistes sont plus susceptibles de s’identifier comme non-binaires ou transgenres). Cela pourrait être un indice supplémentaire.

Pourquoi un neurotypique n’aurait-il pas pu avoir cette vie ?

Voici quelques raisons pour lesquelles sa vie pourrait sembler « autistique » et difficilement compatible avec une neurotypicité :

  • Rejet des normes sociales : Un neurotypique aurait peut-être été plus enclin à se conformer aux attentes sociales de l’époque, surtout pour une femme dans une société patriarcale et conservatrice. Sarah, elle, vivait selon ses propres règles, ce qui est plus fréquent chez les autistes, qui ont souvent du mal à comprendre ou à accepter les conventions sociales implicites.
  • Intensité et focalisation : La capacité de Sarah à se consacrer entièrement à son art, à travailler sans relâche, et à continuer à jouer malgré des obstacles majeurs (comme une amputation) reflète une détermination et une focalisation qui peuvent être des forces autistiques. Les neurotypiques ont tendance à être plus influencés par les attentes extérieures ou à rechercher un équilibre, alors que les autistes peuvent se plonger dans leurs passions au point d’ignorer tout le reste.
  • Excentricité et créativité : Les autistes ont souvent une pensée divergente, ce qui peut les rendre extrêmement créatifs et innovants. La vie excentrique de Sarah, ses choix artistiques audacieux (jouer des rôles masculins, diriger son propre théâtre), et sa polyvalence (actrice, sculptrice, écrivaine) pourraient refléter une pensée autistique, moins contrainte par les normes.
  • Résilience face à l’adversité : Les autistes développent souvent une résilience unique face aux défis, car ils doivent constamment naviguer dans un monde conçu pour les neurotypiques. Sarah a surmonté des obstacles qui auraient pu briser une personne moins déterminée : antisémitisme (elle était juive dans une époque marquée par les préjugés), critiques virulentes, et problèmes de santé. Cette résilience pourrait être un indice d’autisme.

Limites de l’hypothèse

Diagnostiquer rétrospectivement l’autisme chez une figure historique comme Sarah Bernhardt présente plusieurs limites.

Contexte historique : À l’époque de Sarah Bernhardt, l’autisme n’était pas reconnu comme un diagnostic. Le terme « autisme » a été introduit par Leo Kanner en 1943, bien après sa naissance, et les critères modernes (DSM-5) sont basés sur des observations contemporaines. Ce qui nous semble « autistique » aujourd’hui (excentricité, intensité émotionnelle) pouvait être perçu différemment à l’époque, peut-être comme un simple « tempérament d’artiste ».

Autres explications possibles :

Traumatismes de l’enfance : Sarah a grandi dans un environnement instable, avec une mère absente et des séjours en pensionnat. Ses crises émotionnelles et son comportement excentrique pourraient être des réponses à des traumatismes ou à un manque d’attention affective, plutôt que des signes d’autisme.

Personnalité théâtrale : En tant qu’actrice, Sarah cultivait une image publique dramatique et excentrique pour attirer l’attention et renforcer sa légende. Dormir dans un cercueil, par exemple, pourrait être une mise en scène calculée plutôt qu’un comportement autistique.

Troubles de la personnalité : Certains traits de Sarah (impulsivité, relations tumultueuses, besoin d’attention) pourraient aussi évoquer un trouble de la personnalité, comme le trouble borderline ou histrionique, qui étaient également méconnus à son époque.

Comparaison avec d’autres figures historiques potentiellement autistes

Sarah Bernhardt n’est pas la première figure historique à être soupçonnée d’autisme. D’autres personnalités, comme Albert Einstein, Emily Dickinson, ou Nikola Tesla, ont été analysées sous cet angle. Voici quelques parallèles avec Sarah :

  • Hyperfocalisation : Comme Einstein (obsédé par la physique) ou Tesla (fixé sur l’électricité), Sarah avait une passion dévorante pour le théâtre et l’art.
  • Non-conformité sociale : Emily Dickinson, poétesse recluse, vivait en marge des normes sociales, un peu comme Sarah, mais de manière opposée (retrait vs exubérance).
  • Résilience : Beaucoup de figures historiques soupçonnées d’autisme ont surmonté des obstacles majeurs grâce à leur détermination, un trait que Sarah partage.

Mon avis : une hypothèse plausible, mais non vérifiable

Évidemment, ces diagnostics rétrospectifs restent spéculatifs. Il est impossible de confirmer un diagnostic d’autisme à partir des informations disponibles.

Sarah Bernhardt pourrait effectivement avoir été autiste, car plusieurs aspects de sa vie correspondent aux critères modernes de l’autisme. Un neurotypique aurait peut-être eu plus de mal à mener une vie aussi non conventionnelle dans une époque aussi rigide.

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