Fonctions exécutives
Fonctions exécutives : et si ce n’était pas un manque de volonté ?
Tu oublies ce que tu viens de faire. Tu cherches tes clés alors qu’elles étaient dans ta main il y a deux minutes. Tu repousses une tâche pourtant simple parce que tu n’arrives tout simplement pas à commencer. Tu accumules les listes, les bonnes résolutions et les applications d’organisation… sans réussir à les utiliser durablement.
Et à la fin de la journée, tu es épuisé.
Pourtant, de l’extérieur, ta journée n’avait rien d’exceptionnel.
Alors tu finis par penser que tu manques de volonté, que tu es désorganisé, paresseux, distrait. Que tu devrais simplement « faire un effort ».
Et si le problème était ailleurs ?
Et si ce que tu prenais depuis toujours pour un défaut de caractère était en réalité lié au fonctionnement de ton cerveau ?
C’est précisément ce que j’explore dans mon nouveau livre consacré aux fonctions exécutives.
Les fonctions exécutives : le chef d’orchestre de notre quotidien
Les fonctions exécutives regroupent plusieurs capacités cognitives qui nous permettent de nous organiser, de commencer une action, de maintenir notre attention, de gérer nos émotions, de nous adapter aux changements, de retenir une information suffisamment longtemps pour l’utiliser et de contrôler certaines réactions automatiques.
Autrement dit, elles interviennent dans une quantité impressionnante de gestes du quotidien.
- Se lever à l’heure.
- Commencer une tâche.
- Ne pas oublier ce qu’on était venu chercher dans une pièce.
- Terminer ce qu’on a commencé.
- Passer d’une activité à une autre.
- Modifier son programme lorsqu’un imprévu survient.
- Gérer une frustration.
- Planifier plusieurs étapes.
- Retrouver ses affaires.
- Et même réussir à s’arrêter lorsqu’on est complètement absorbé par quelque chose.
Quand les fonctions exécutives sont fragiles ou sollicitées au-delà de leurs capacités, la vie quotidienne peut devenir beaucoup plus coûteuse qu’elle ne le paraît.
C’est particulièrement visible chez certaines personnes autistes ou avec un TDAH.
Mais cela ne signifie pas que ces personnes sont moins intelligentes, moins motivées ou moins capables.
Cela signifie que certaines tâches demandent davantage d’efforts cognitifs.
« Je sais le faire… alors pourquoi je n’arrive pas à le faire ? »
C’est probablement l’une des questions les plus douloureuses lorsqu’on rencontre des difficultés exécutives.
Parce qu’il existe une différence fondamentale entre savoir comment faire quelque chose et parvenir à le faire au bon moment.
- Tu peux parfaitement savoir qu’il faut répondre à un mail… et ne pas réussir à l’ouvrir.
- Tu peux savoir qu’il faut ranger… et rester paralysé devant le désordre.
- Tu peux avoir une échéance importante en tête… et ne commencer réellement à travailler que lorsque l’urgence devient suffisamment forte.
- Tu peux avoir envie de faire quelque chose… et pourtant être incapable de passer de l’intention à l’action.
Ce décalage est particulièrement déroutant.
Et il peut alimenter pendant des années une mauvaise interprétation de soi-même :
« Je pourrais le faire si je faisais vraiment un effort. »
Mais les fonctions exécutives ne fonctionnent pas simplement avec la volonté.
Elles dépendent notamment de l’attention, de la mémoire de travail, de la régulation émotionnelle, de la motivation, de la flexibilité cognitive et de la capacité à initier une action.
C’est pourquoi deux personnes peuvent recevoir exactement la même consigne et ne pas avoir du tout la même facilité à la réaliser.
Autisme et TDAH : quand les fonctions exécutives deviennent un véritable défi
Les difficultés exécutives sont fréquemment évoquées dans le contexte du TDAH et de l’autisme, même si leur expression peut être très différente d’une personne à l’autre.
Dans le TDAH, les difficultés peuvent notamment concerner l’inhibition, l’attention, la mémoire de travail, l’organisation, la gestion du temps ou l’initiation des tâches.
Dans l’autisme, les difficultés peuvent davantage apparaître dans la flexibilité cognitive, la gestion des changements, la planification, la transition entre les activités ou encore dans la gestion d’une surcharge sensorielle ou émotionnelle.
Et lorsque l’autisme et le TDAH sont présents ensemble, certaines difficultés peuvent se cumuler ou se compliquer mutuellement.
C’est un point que j’aborde dans mon livre parce qu’il manque parfois une pièce essentielle au puzzle :
nous ne sommes pas simplement « mauvais en organisation ».
Nous pouvons avoir développé des stratégies extrêmement sophistiquées pour compenser nos difficultés.
Parfois même tellement sophistiquées que personne ne se rend compte de l’énergie qu’elles nous coûtent.
Pourquoi suis-je épuisé après une journée « normale » ?
C’est une autre question qui revient souvent.
Pourquoi certaines personnes semblent-elles pouvoir enchaîner rendez-vous, travail, courses, enfants, repas, tâches administratives et imprévus sans difficulté apparente, alors que la même journée peut nous laisser complètement vidés ?
Parce qu’une tâche qui semble simple de l’extérieur ne l’est pas forcément pour notre cerveau.
Prendre rendez-vous peut nécessiter :
- retrouver une information ;
- choisir une date ;
- gérer plusieurs possibilités ;
- téléphoner ou écrire ;
- supporter l’attente ;
- noter le rendez-vous ;
- penser à le consulter ensuite ;
- prévoir le déplacement ;
- gérer un éventuel changement.
Une seule action apparente peut donc mobiliser plusieurs fonctions exécutives simultanément.
Et lorsque ces fonctions demandent davantage d’efforts, la fatigue cognitive s’accumule.
À force, on finit parfois par croire que l’on est « incapable de gérer la vie ».
Alors qu’en réalité, on la gère parfois au prix d’un effort considérable.
Pourquoi les conseils classiques d’organisation ne fonctionnent-ils pas toujours ?
- « Fais une liste. »
- « Utilise un agenda. »
- « Range chaque chose à sa place. »
- « Organise ta semaine le dimanche. »
- « Fais la tâche immédiatement. »
Ces conseils peuvent être excellents, mais ils supposent souvent que la personne possède déjà les capacités exécutives nécessaires pour mettre en place et maintenir la stratégie.
Et c’est là tout le paradoxe.
Si ton problème est précisément de ne pas réussir à initier une tâche, une liste de tâches supplémentaire peut devenir… une tâche supplémentaire.
Si tu oublies de consulter ton agenda, un agenda ne résout pas forcément le problème.
Si tu as du mal à maintenir une routine, une routine extrêmement sophistiquée risque de fonctionner trois jours avant de disparaître.
Il ne s’agit donc pas forcément de trouver la meilleure méthode d’organisation.
Il s’agit de trouver une organisation compatible avec ton propre fonctionnement cérébral.
Et si nous adaptions l’environnement plutôt que de nous forcer à changer ?
C’est l’une des idées centrales de mon livre.
Pendant longtemps, j’ai pensé qu’il fallait réussir à devenir quelqu’un de plus organisé, plus discipliné, plus efficace.
Aujourd’hui, je vois les choses autrement.
Je ne peux pas changer le cerveau que j’ai. Mais je peux modifier mon environnement pour qu’il me demande moins d’efforts inutiles.
- Une information importante peut être rendue visible.
- Un objet fréquemment utilisé peut rester accessible.
- Une routine peut être transformée en support visuel.
- Une application peut servir de mémoire externe.
- Une tâche complexe peut être découpée en étapes suffisamment petites pour devenir réalisable.
L’objectif n’est pas de fabriquer une personne parfaite.
L’objectif est de réduire la charge cognitive.
Et parfois, une petite adaptation change énormément de choses.
Les fonctions exécutives et l’estime de soi
Il existe également une dimension dont on parle moins : les conséquences psychologiques de ces difficultés.
Quand on oublie régulièrement des choses, qu’on perd ses affaires, qu’on arrive en retard, qu’on remet à plus tard certaines tâches ou qu’on n’arrive pas à tenir les bonnes habitudes que l’on s’était promises, les remarques finissent par s’accumuler.
- « Tu ne fais pas attention. »
- « Tu pourrais quand même faire un effort. »
- « Tu es toujours dans la lune. »
- « Tu es désorganisé. »
- « Tu ne vas jamais au bout de rien. »
À force, ces remarques peuvent devenir une petite voix intérieure.
Et cette voix finit par nous appartenir.
« Je suis nul. »
C’est précisément cette croyance que j’aimerais contribuer à déconstruire.
Parce qu’une difficulté exécutive n’est pas une faute morale.
J’ai été diagnostiquée à 56 ans
J’ai écrit ce livre à partir de mon propre parcours.
Autiste et TDAH, j’ai été diagnostiquée à 56 ans, après une vie entière passée à chercher ce qui n’allait pas chez moi.
Pendant des années, j’ai interprété mes difficultés comme des défauts personnels.
Je pensais que je manquais d’organisation, de discipline, de volonté. Que les autres savaient quelque chose que je ne savais pas.
Le diagnostic n’a pas magiquement supprimé mes difficultés, mais il a changé quelque chose d’essentiel :
j’ai enfin commencé à comprendre leur fonctionnement.
Et comprendre change énormément de choses.
Parce qu’on ne cherche plus forcément à se punir pour fonctionner comme quelqu’un d’autre.
On peut commencer à chercher des stratégies qui nous correspondent réellement.
Un livre concret sur les fonctions exécutives
C’est l’objectif de mon livre Les fonctions exécutives : comprendre, vivre avec et agir.
Je ne voulais pas écrire un ouvrage théorique rempli de jargon.
Je voulais un livre accessible, concret et surtout utile dans la vraie vie.
Le livre est organisé en cinq grandes parties.
Comprendre les fonctions exécutives
Nous commençons par les bases : qu’est-ce que sont réellement les fonctions exécutives ?
Nous explorons notamment le contrôle inhibiteur, la mémoire de travail, la flexibilité cognitive, l’autorégulation émotionnelle et le traitement sensoriel.
Comprendre l’autisme et le TDAH
Nous nous intéressons ensuite à ce qui peut se passer lorsque les fonctions exécutives sont mises à l’épreuve dans l’autisme, dans le TDAH ou lorsque les deux sont associés.
J’aborde également les différences entre l’enfant et l’adulte, ainsi que la fatigue et le burn-out autistique.
Comprendre les difficultés du quotidien
- Pourquoi est-ce que je passe mon temps à chercher mes affaires ?
- Pourquoi les méthodes classiques de productivité échouent-elles parfois ?
- Comment planifier sans se décourager ?
- Comment organiser son environnement pour soulager son cerveau ?
- Et quel rapport existe-t-il entre fonctions exécutives, émotions et estime de soi ?
Découvrir des outils concrets
Cette partie est consacrée aux solutions pratiques.
Aides visuelles, applications, organisation de l’environnement, routines et stratégies du quotidien : l’idée n’est pas d’imposer une méthode universelle, mais de construire progressivement une boîte à outils personnelle.
Et maintenant ?
La dernière partie pose une question essentielle :
Peut-on vraiment améliorer ses fonctions exécutives ?
Et surtout : comment construire un fonctionnement qui nous convient sans passer notre vie à nous mettre la pression ?
Ce livre s’adresse à qui ?
Il peut s’adresser aux personnes qui se reconnaissent dans ces phrases :
« J’oublie tout. »
« Je perds constamment mes affaires. »
« Je sais ce que je dois faire mais je n’arrive pas à commencer. »
« Les imprévus me mettent complètement à l’envers. »
« Je suis épuisé après des journées pourtant ordinaires. »
« Je procrastine alors que je veux vraiment faire les choses. »
« Je fais des listes mais je n’arrive pas à les suivre. »
« J’ai toujours pensé que j’étais simplement désorganisé. »
Il peut également être utile aux parents, aux proches, aux professionnels et à toutes les personnes qui souhaitent mieux comprendre les difficultés exécutives chez l’enfant ou l’adulte.
Car derrière un comportement que l’on juge parfois comme de la mauvaise volonté se cache peut-être une difficulté que l’on n’a jamais appris à identifier.
On n’apprend pas à avoir un cerveau différent
C’est finalement le message que je voudrais laisser avec ce livre.
Il ne s’agit pas de promettre une transformation miraculeuse.
Il ne s’agit pas de dire qu’une application, une routine ou une méthode va régler toutes les difficultés.
Et il ne s’agit surtout pas de demander encore davantage d’efforts à des personnes qui passent parfois déjà leur vie à en fournir énormément.
Il s’agit de comprendre, de tester, d’adapter, de trouver ce qui fonctionne pour soi, et surtout, de remplacer progressivement :
« Pourquoi je n’arrive pas à faire comme les autres ? »
par :
« De quoi mon cerveau a-t-il besoin pour y arriver ? »
Cette question peut changer beaucoup de choses parce qu’on n’apprend pas à avoir un cerveau différent. On apprend à vivre avec le sien.
Mon nouveau livre : Les fonctions exécutives : comprendre, vivre avec et agir
Si tu veux mieux comprendre les fonctions exécutives, l’autisme, le TDAH et les difficultés d’organisation du quotidien, ce livre est conçu comme un compagnon de route : accessible, concret et écrit à partir de l’expérience vécue.
Pour comprendre pourquoi certaines choses sont si difficiles.
Pour arrêter de confondre difficulté et manque de volonté.
Et pour commencer à construire des stratégies qui respectent réellement ton fonctionnement.
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FAQ – Fonctions exécutives
Que sont les fonctions exécutives ?
Les fonctions exécutives sont un ensemble de capacités cognitives qui permettent notamment de planifier, commencer et terminer une tâche, inhiber certaines réactions, utiliser sa mémoire de travail, gérer ses émotions et s’adapter aux changements.
Les fonctions exécutives sont-elles liées au TDAH ?
Oui. Les difficultés exécutives sont très fréquentes dans le TDAH et peuvent notamment concerner l’attention, l’inhibition, la mémoire de travail, la gestion du temps, l’organisation et l’initiation des tâches.
Les personnes autistes ont-elles des difficultés exécutives ?
Certaines personnes autistes rencontrent des difficultés dans différents domaines des fonctions exécutives, notamment la flexibilité cognitive, la planification, les transitions ou la gestion d’une surcharge. Les manifestations sont toutefois variables d’une personne à l’autre.
Peut-on améliorer ses fonctions exécutives ?
Certaines capacités peuvent être travaillées et certaines stratégies peuvent aider. Mais il est également essentiel de compenser les difficultés et d’adapter son environnement plutôt que de chercher uniquement à « se forcer ».
Pourquoi est-il si difficile de commencer une tâche ?
L’initiation d’une tâche fait intervenir plusieurs processus cognitifs. Une personne peut parfaitement comprendre ce qu’elle doit faire et pourtant rencontrer une difficulté importante pour passer de l’intention à l’action.
Pourquoi suis-je épuisé par des tâches simples ?
Une tâche apparemment simple peut mobiliser simultanément plusieurs fonctions exécutives. Lorsque celles-ci demandent davantage d’effort, la charge cognitive augmente et peut provoquer une fatigue importante.
Existe-t-il des outils pour aider les fonctions exécutives ?
Oui. Les aides visuelles, rappels, applications, routines adaptées, listes simplifiées et modifications de l’environnement peuvent constituer des supports précieux. Le plus important est de choisir des outils réellement compatibles avec son propre fonctionnement.
Pourquoi les méthodes de productivité ne fonctionnent-elles pas toujours avec le TDAH ou l’autisme ?
Certaines méthodes supposent déjà une bonne capacité à planifier, maintenir une routine, gérer son attention ou initier une tâche. Elles peuvent donc devenir contre-productives lorsqu’elles demandent précisément les compétences qui posent problème.
À qui s’adresse le livre Les fonctions exécutives : comprendre, vivre avec et agir ?
Le livre s’adresse aux personnes qui rencontrent des difficultés exécutives, notamment dans le contexte de l’autisme ou du TDAH, mais également aux parents, proches et professionnels qui souhaitent mieux comprendre ces mécanismes et découvrir des stratégies concrètes.